Un conte illustrant
l’esprit de la voie dans le Zen
D’après le recueil
« En ramassant des feuilles de l’arbre Bodhi » du moine Thich Thanh
Tu
Il était une fois un petit
royaume où régnait un vieux roi respecté de ses sujets. Il n’avait pas de
prince héritier et voulait chercher un fiancé pour sa fille de dix ans.
Il fit sélectionner un
certain nombre d’adolescents, plus doués les uns que les autres, les réunit
dans son palais et remit à chacun d’eux un sachet de graines.
L’année suivante, au jour
fixé, tous les garçons apportèrent au palais les fleurs qu’ils avaient
consciencieusement cultivées.
Dans la grande salle du
trône parfumée de verdure, les plantes étaient magnifiques et les fleurs
superbes.
Le roi et la reine
passèrent lentement en revue les rangées de pots, la mine grave et soucieuse.
Soudain ils s’arrêtèrent
devant un adolescent triste et timoré, qui avait les larmes aux yeux.
— Vos Majestés, dit-il, je
ne comprends pas ce qui est arrivé. J’ai demandé autour de moi de la meilleure
terre et des meilleurs engrais, j’ai suivi tous les bons conseils, j’ai pris le
plus grand soin de vos graines, hélas rien n’a poussé. Je suis honteux d’avoir
échoué, je suis venu seulement pour ne pas jeter le déshonneur sur ma famille
et sur mon village.
Le roi lui annonça
gentiment :
— C’est toi le fiancé de la
princesse.
Des murmures de surprise,
de déception voire même de désapprobation, parcoururent la foule, mais personne
n’osa contester la sentence royale.
Depuis ce jour le petit
garçon vécut au palais où il reçut l’éducation d’un prince héritier.
Puis il monta sur le trône
et régna longtemps.
Au soir de leur vie, la
princesse qui était devenue reine lui dévoila enfin le choix de ses
parents :
— Avant de mettre les
graines en sachets, ma mère les avait cuites à la vapeur. Pour réussir les
autres garçons avaient réparé ce qu’ils croyaient être un coup du sort ou une
erreur humaine. Ils étaient certainement malins et débrouillards, ils avaient
même le sens de l’initiative, ou on les avait trop bien aidés. Mais ils
n’avaient pas deviné le problème de mon père : par cette épreuve il
voulait trouver un fils honnête, en qui il pourrait mettre toute sa confiance,
ni plus ni moins. Ensuite il aurait tout le loisir de le former, pour en faire
un prince puis un roi.
Le vieux roi soupira :
— Nos parents étaient bien
étranges, j’ai été choisi parce que j’ai bien répondu à la question, alors que
je n’avais nulle conscience de l’existence de cette question. C’était donc un
coup de dé !
La reine le rassura
doucement :
— Ne te tracasse pas
vainement, à leurs yeux tu étais le plus digne de tous et jamais ils n’ont eu
de doute à ton sujet.
Le zen c’est cela,
mystérieux et ordinaire.
De tous temps, il existe
sûrement une prime à la vérité et à la sincérité.
Avril 2001
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