الاثنين، 8 فبراير 2016

Le magazine chinois Yaowen Jiaozi consacré à l'écriture et à la langue chinoises, a publié le 12 décembre dernier son top 10 des expressions les plus employées en 2015.

REN YINAN* 

Le magazine chinois Yaowen Jiaozi consacré à l'écriture et à la langue chinoises, a publié le 12 décembre dernier son top 10 des expressions les plus employées en 2015.

Les voici dans l'ordre : sentiment d'obtention (获得感), Internet+ (互联网+), taux de beauté (颜值), bébé (宝宝), chuangke (创客), avoir le cerveau qui s'ouvre (大脑洞开), j'fais c'que j'veux (任性), le parti des coupeurs de doigts (断手党), rouge-Internet (网红), il faut surtout regarder la qualité de l'air (主要看气质).  En comparaison avec les années précédentes, les expressions les plus populaires de 2015 viennent surtout d'Internet. Parmi les 10 expressions choisies, 7 proviennent du « langage Internet ». Le reflet du poids de plus en plus important de la culture du net.  Un phénomène intéressant : ces expressions ne sont pas utilisées uniquement sur Internet mais aussi reprises dans les médias traditionnels généralement peu friands de ce langage.  Les mots d'Internet ne sont pas uniquement l'expression d'une idée ou amusants, ils sont d'une certaine manière le reflet de la société et de l'époque.  Pourquoi ces mots-là ?  « La sélection des expressions suit trois principes : popularité, innovation, culture. Elles doivent montrer les particularités de l'époque, porter des informations sur l'année qu'elles représentent, mais aussi faire preuve d'innovation dans la structure du langage. Par exemple dans l'expression « Internet+ », inventée par le premier ministre, on trouve un mot et un symbole mathématique, ce qui est assez nouveau en chinois et a amené les gens à inventer « Innovation+ » ou « Santé+ ». Enfin le dernier principe c'est la culture : seules les expressions correspondant aux règles sociales et de civilité méritent d'être popularisées », nous explique Huang Anjing, rédacteur exécutif du Yaowen Jiaozi.  Il ajoute que le jury a aussi fait très attention à la valeur sémantique de ces expressions. Par exemple « chuangke », qui désigne les personnes qui se lancent dans l'innovation et essaient de faire que leurs idées innovantes deviennent réalité, possède une valeur culturelle. Par contre certaines autres expressions qui n'ont pas vraiment de sens particulier ou qui sont négatives n'ont pas été retenues.  Ce qui est sûr, c'est que parmi les mots retenus pour l'année 2015, les mots liés à Internet sont les plus intéressants.  L'omniprésence du net a amené la société chinoise à inventer des mots. Par exemple « le parti des coupeurs de doigts » viendrait en fait d'un roman chinois de cape et d'épée dans lequel un personnage cupide se punit en se coupant les doigts pour résister à la tentation mais reste quand même incapable de se contrôler face à la bonne chair. Cette expression désigne les personnes addict au e-shopping et notamment les acheteuses compulsives.  Le 21 décembre dernier, le Centre national d'étude et de contrôle de la langue, Chinese Information Processing Society et plusieurs universités chinoises ont publié leur top 10 des expressions les plus populaires sur Internet. Parmi elles, « Le monde est grand, j'ai envie d'aller voir ailleurs. », « Vous les citadins vous avez de ces idées ! » (utilisée pour désigner quelque chose de bizarre) ou encore « Vous avez fait peur à bébé ! » (Vous m'avez fait peur). La première, provenant d'une lettre de démission d'un professeur de collège avait d'ailleurs eu beaucoup de retentissement sur le net.  Ces expressions à la mode peuvent paraître bizarres ou compliquées, mais elles possèdent tout de même des particularités bien distinctes. La première c'est qu'elles ont été créées par les internautes à l'époque d'un évènement donné et qu'elles ont été reprises et popularisées à grande échelle. Une autre particularité est qu'elles utilisent une langue simple et directe voire certaines fois assez humoristique, ce qui les rend faciles à retenir, très orales et pratiques.  Mais le langage du net montre aussi parfois une certaine vulgarité. Wang Kun, étudiant, nous dit : « Entre mecs, on fait parfois des blagues en utilisant des mots comme ''se la péter'', ''bouffon'', etc. Mais j'évite de les utiliser avec n'importe qui et si j'entends quelqu'un les utiliser pour parler de moi, ça me met mal à l'aise. Mais si cela arrive, je ne fais pas comme si j'étais choqué, sinon ça fait un peu prétentieux », nous explique-t-il.  Le langage fait l'interaction  Le centre des sondages du Quotidien de la jeunesse de Chine a mené une enquête sur 1 601 personnes sur leur utilisation quotidienne des mots d'Internet. Parmi eux, 89,8 % disent les utiliser tous les jours, parmi ceux-ci, 67, 2 % sont des jeunes nés dans les années 1980 et 1990.  Xiao Qingwen est étudiante à Beijing, elle est née en 1992. Elle passe pas mal de son temps sur les réseaux sociaux chinois tels Weibo ou WeChat. Elle est « experte-ès mots d'Internet ». Que ce soit lorsqu'elle parle avec les gens ou lorsqu'elle écrit des statuts, des commentaires sur ces réseaux, elle utilise tout le temps ces nouveaux mots.  « Ces expressions sont marrantes et souvent assez satiriques tout en restant simples. Cela rend la communication avec les gens de mon âge plus naturelle. Si je ne les utilisais pas, cela donnerait l'impression que je ne suis pas de mon âge », nous explique-t-elle. En fait, par ce besoin d'être comme tout le monde, elle cherche à obtenir une certaine reconnaissance de la part de la société.  Ce sentiment de reconnaissance existe aussi dans le monde « artificiel » des réseaux sociaux. Zhao Richao, auteur, le dit ainsi : « Si les internautes participent de façon parfois très originale aux interactions sur les médias, ils cherchent aussi à y obtenir une certaine reconnaissance. Les mots d'Internet sont un des moyens de s'identifier des internautes, et les poussent à en créer de nouveaux, à les utiliser, les diffuser pour rentrer dans la masse des utilisateurs des réseaux sociaux et ne pas être ''mis à l'isolement". »  Dans l'historique de conversation WeChat de Xiao Qingwen, rien qu'en trois jours, on trouve 7 utilisations de « Vous avez fait peur à bébé ! » ou autres émoticônes reliées à des expressions du net. « En fait, cette émoticône signifie "Vous m'avez fichu la frousse", mais si je le disais normalement, ça donnerait l'impression que je suis trop "normale" alors que "vous avez fait peur à bébé" ça fait plus marrant, plus mignon », explique-t-elle.  Ma Baolong, né dans les années 1980, documentaliste et père d'un enfant, n'est pas un défenseur de ces expressions mais il explique qu'au début il les utilisait beaucoup et que ça a fini par devenir une habitude : « Il m'arrive parfois d'en utiliser avec mes supérieurs ou mon enfant, ça donne une image qui n'est pas trop sérieuse. »  Il ajoute qu'il aime bien l'expression « en mon for intérieur, je suis à deux doigts de péter un cable » ou encore « j'ai du fric, j'fais c'que j'veux ! ». Cette expression vient d'un internaute ayant acheté des produits de santé sur Internet et qui, après avoir découvert que c'était de la fausse marchandise, n'avait pas alerté la police alors qu'il s'était fait arnaqué de dizaines de milliers de yuans. Les internautes s'étaient alors moqué de lui en disant « j'ai du fric, j'fais c'que j'veux ! ». En général, cette expression est utilisée pour parler des autres et exprimer un sentiment de jalousie, c'est une moquerie et à la fois une façon d'exprimer un sentiment d'impuissance.  Le côté moqueur, voire l'autodérision contenue dans certaines expressions, est le reflet d'une certaine façon de penser appelée « l'esprit d'A Q » en Chine qui signifie « faire l'autruche ». D'une certaine manière c'est une façon pour les internautes d'exprimer leur résistance à la culture des élites et à l'idéologie commune.  En juillet 2015, le nombre d'internautes chinois avait atteint les 668 millions, devenant ainsi la plus grande communauté d'internautes au monde. Sur cette plate-forme ouverte, et transparente qu'est Internet, le langage se fait plus libre et permet la diffusion d'expressions originales qui par phénomène de ricochet les démultiplient.  Fini la rigolade, un peu de raison s'il vous plait !  D'après le sondage du Quotidien de la jeunesse de Chine, 64,2 % des interrogés estiment que ces mots d'Internet sont en train de gagner du terrain dans la langue chinoise, 46 % estiment qu'ils « polluent » la langue.  Zhou Jian, directeur du sous-comité du vocabulaire chinois du Comité technique de normalisation de la langue et de l'écriture analyse ce sondage pour nous : « Certaines expressions réduisent la crédibilité du langage et des sinogrammes, certaines vulgarités de langage sont également inacceptables pour certaines personnes. »  Pour Chen Manhua, professeur de l'université Renmin, cela est relatif : « Les expression vulgaires apparues, ne sont que le résultat du choix d'une certaine partie de la population et ne représentent pas la majorité. »  Pour le critique Zhu Dake, qui avait un jour élaboré le concept de « langue de voyou » estime que les expressions courantes sur Internet sont le résultat d'une culture vulgaire. La popularité d'un mot, qui n'avait qu'un sens restreint au départ, lui amène un sens détourné et une autre signification par la maturation sur Internet et l'interprétation que les gens en font. D'une certaine manière, ces expressions forment une sorte de culture de deuxième classe qui est entrée dans un dialogue avec la culture main-stream.  « Certaines expressions provenant d'Internet sont vraiment créatives et font que nous, les vieux écrivains, nous nous sentons un peu "largués" », nous explique le vice-président de l'Association du reportage chinoise Li Mingsheng. « L'apparition d'Internet a enrichi la langue et son contenu sémantique. Les gens peuvent faire montre de leurs talents linguistiques par l'intermédiaire du net et même inventer des façons de dire ou encore de nouveaux modes de récit. »  Les mots d'Internet, créatifs, innovants et surtout populaires montrent le dynamisme, l'humour et la créativité des internautes chinois, jamais en manque de ressources pour inventer de nouveaux concepts ou expressions qui reflètent la société dans laquelle ils vivent.    *REN YINAN, stagiaire de La Chine au présent.   La Chine au présent

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