السبت، 9 نوفمبر 2013

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Les Grecs l'appelaient la mètis , cette forme d'intelligence particulière, qui mêle tactique et esprit de finesse. Difficile à définir, elle est pourtant présente partout : dans l'esprit du stratège, du chasseur ou du bricoleur...

Selon les Grecs de l'Antiquité, il n'y a pas de dieu unique qui ordonnerait tout et aurait tout créé. Les dieux sont partout dans le monde. Multiples, divers, ils prennent toutes les formes. Zeus est le roi des dieux, le maître de la souveraineté sous toutes ses apparences. La déesse Mètis fut la première épouse de Zeus. A peine fut-elle grosse de celle qui deviendrait Athéna, déesse de la sagesse et de l'intelligence, que Zeus l'avala, reléguant la ruse dans les profondeurs de son ventre et accouchant lui-même de sa propre fille, s'incorporant ainsi l'intelligence et la ruse, la mètis.

Mètis désigne cette capacité de l'intelligence qui correspond, non pas à l'abstraction, mais à l'efficacité pratique, au domaine de l'action, à tous ces savoir-faire utiles, à l'habileté de l'artisan dans son métier, à son « coup de main », aux tours magiques, aux ruses de guerre, aux tromperies, esquives et débrouillardises en tout genre.

Dans toute situation de conflit ou de compétition, la victoire peut s'obtenir de deux façons. Soit parce qu'on est le plus fort sur le terrain en question, soit par l'utilisation de procédés qui ont pour but de fausser l'épreuve et de faire triompher celui qu'on croyait battu. On peut considérer la mètis comme ce qui amène la fraude ou au contraire, comme ce qui crée la surprise et la revanche du plus faible. D'un côté, elle prend la figure du mensonge, de la fourberie ; de l'autre, elle est l'arme absolue, qui assure en toutes circonstances la victoire sur autrui. Le second caractère de la mètis, c'est qu'elle s'exerce toujours en situation incertaine et ambiguë. Par exemple, deux hommes s'affrontent ; à chaque instant, tout peut basculer dans un sens ou dans l'autre mais, au cours de l'épreuve, l'homme qui a la mètis est celui qui saura faire preuve de préméditation et de vigilance. La mètis, c'est l'affût, l'homme qui épie pour frapper l'adversaire au moment le plus inattendu. Epier, en grec, est un terme qui s'emploie aussi bien à la pêche qu'à la chasse et à la guerre. En français et dans d'autres langues aussi. Un troisième caractère qu'Homère prête à la mètis, c'est qu'elle est toujours multiple, comme l'est Ulysse. Elle est comme le dessin chatoyant d'un tissu, le dos moucheté et brillant du serpent.

Vivacité et finesse d'esprit

Dernier caractère de la mètis : elle est par excellence la puissance de la ruse ; celle qui agit sous couvert du masque. Avec elle, la réalité et l'apparence se dédoublent et s'opposent comme deux formes contraires pour créer l'illusion qui va tromper. Et le plus rusé de tous est bien Ulysse, le maître des mots qui, chaque fois qu'il va prendre la parole, fait semblant d'être incapable de prononcer un mot.

La ruse est l'intelligence pratique du navigateur, du vannier, du charpentier, du bûcheron. Elle est l'habileté du politique, du médecin et du stratège. Pour chacun de ceux-là, la ruse consiste à traquer la circonstance favorable, voire à la créer. Sans doute, cette intelligence pratique est restée longtemps en arrière-plan. Pourtant, Platon et Aristote n'ont pas manqué d'en détailler les qualités. La première de ces qualités consiste à savoir mettre en relation la mobilité de l'intelligence et la rapidité d'action : c'est la finesse d'esprit, la vivacité, l'acuité. Aristote donne l'exemple de la sage-femme sectionnant le cordon ombilical du nouveau-né. Il s'agit, dit-il, de la justesse du coup d'oeil, « qui ne se trompe pas sur le but à atteindre » (1). Platon fait à ce propos référence à l'habileté de l'archer qui tend son arc en direction de la cible. En ce qui concerne la mètis, la justesse du coup d'oeil est aussi importante que l'agilité de l'esprit. « Prendre pour cible » et « conjecturer » se rejoignent en grec sur l'idée du navigateur en mer ou celle du parcours dans le désert, là où les chemins ne sont plus tracés et où il faut sans cesse deviner la route et viser un point à l'horizon lointain.

Pour s'orienter dans un monde de symptômes mouvants, il faut une intelligence fluide. Le médecin est comme le pilote tenant le gouvernail : il lui faut deviner sa route en s'aidant de tous les signes qu'il peut reconnaître et utiliser au mieux. La connaissance conjecturale, c'est celle qui procède par le détour d'une comparaison qui permet de comprendre un événement inconnu à l'aide d'une ressemblance avec un événement familier.

Avec la ruse, nous sommes en présence d'une vraie catégorie mentale, jouant sur divers registres. Il y a de tout dans la ruse, mais jamais de cette « fourberie » au sens de l'opinion commune aujourd'hui. Jeu de l'esprit, de l'habileté et de l'expérience. Jeu aussi des compositions que l'on saura opérer en fonction de ce que l'on sait et de ce dont on dispose, en regard de ce que l'on voit, ou encore qu'on peut prévoir. Faut-il rappeler que nous provenons d'une civilisation hellénique, laquelle inventa le théâtre et sa manifestation supérieure : la tragédie ? Et que dans cette tradition, l'acteur est l'« hypocrite », à savoir celui qui joue un personnage convaincant ? Dans cette tradition, la ruse est ce qui économise l'effort, évite la brutalité. C'est la ruse de l'opprimé contre une domination, la ruse du citoyen contre le pouvoir.

Une catégorie mentale

Animaux, insectes et mollusques pratiquent l'art du camouflage. L'art de la guerre enseigne comment tirer parti d'un accident de terrain, d'une faiblesse de l'adversaire. De même, la vie quotidienne impose à chaque instant de tirer parti de l'événement, d'investir dans des possibles, des virtuels. La ruse permet, face aux circonstances, de ménager ou de créer ses propres espaces de liberté. D'où l'importance du travail d'explicitation de la genèse du système mythique grec : les alliances successives de Zeus fondent l'origine du monde et le poulpe est, dans cette trame mythique, l'animal choisi par excellence : « Or le poulpe apparaît aux Anciens comme le modèle de l'animal à mètis. Aristote voit en lui le plus rusé des poissons, panourgotatos ; Plutarque le donne en exemple de vigilance et d'astuce. [...] Pour les Anciens, la mètis du poulpe tient d'abord à son pouvoir de polymorphie. Aussi souple et fluide que l'eau où il se déplace, le poulpe épouse les formes des rochers auxquels tour à tour il s'attache. Davantage pour mieux se confondre avec eux et rendre sa présence invisible, il en imite la couleur (2) . »

Comme si toujours l'humanité, soucieuse de tromper le sort, le destin, s'était donné la ruse aux fins de maintenir, quelles que soient les vicissitudes, l'identité sociale et culturelle des individus et des sociétés qu'elle compose. La ruse est de la nature même du politique, univers d'ambiguïté. Dans la société de cour, dont disserte Balthasar Gracian (3), au sommet est le roi, représentant suprême : cause de toutes les causes, il ne peut être lui-même représenté par un autre. On ne peut le « mettre en cause ». Il est le mot de la fin.

Si alors la machine vient à se bloquer, il faudra trouver un discours de ruse permettant de contourner l'obstacle. Autrement dit : sur l'échelle des signes gravitant autour du « signe-roi », attribuer à l'un de ces signes la responsabilité de contrevenir au système. Ce sera un des courtisans qui, à chaque fois, sera sacrifié. Avec cette ruse de lui renvoyer une responsabilité qui n'est pas la sienne : « La vie humaine est un combat contre la nature de l'homme même. [...] Celui donc qui veut se garder d'être trompé prévient la ruse de son compagnon par de bonnes réflexions. [...] Et puis, quand son artifice est connu, il raffine sa dissimulation en se servant de la vérité même pour tromper. [...] Son artifice est de n'en avoir plus et toute sa finesse est de passer de la dissimulation précédente à la candeur. [...] Celui qui l'observe [...] déchiffre un procédé d'autant plus caché que tout y est sincère (4) . »

Rien n'est plus désarmant qu'une ruse avouée. Révéler une construction, c'est introduire l'autre dans cette construction même et ainsi mieux le capturer. Le raffinement consiste à se servir de la totale vérité pour cacher une totale dissimulation : faire aimer à l'esclave l'esprit même de son esclavage, au trompé le mode de ce qui le trompe et l'asservit. Mais cette ruse du sujet peut aussi se retourner contre lui. L'exploiteur devient alors l'exploité, victime du contrat de dépendance qu'il établit. Cette ruse survit toujours dans notre monde politicien ou administratif, univers de castes et donc de monarques locaux, affublés de cours factices et de rationalités suspectes. Car c'est une grande tromperie du discours que de se donner comme rationnellement agencé, prouvé étape par étape dans son projet. Danger de la géométrie. Ruse du lion et du renard : « Si donc un prince doit savoir bien user de la bête, il doit choisir le renard et le lion ; car le lion ne peut se défendre des filets, le renard des loups ; il faut donc être renard pour connaître les filets, et lion pour faire peur aux loups (5) . »

Tout discours à ambition publique est ainsi discours de ruse : ruse de l'innocence qu'il prétend, ruse de sa liberté invoquée vis-à-vis d'un auditoire déterminé, ruse de poser un langage origine qui n'aurait d'autre équivalent et de se donner encore comme assemblage de raisons à elles-mêmes suffisantes. De toutes les ruses, cette « géométrie » est une des plus efficientes. Car discours de règles, elle s'offre l'opportunité de n'en point poser au départ.

Des composantes multiples

Parler de ruse revient à réhabiliter cette intelligence pratique qui, le plus souvent, ne s'écrit ni ne se démontre, mais sans laquelle nos sociétés ne pourraient survivre, nos pouvoirs se maintenir et nos ingénieurs construire. Il y a des arts du savoir, du commenter ou du faire savoir, et nous fabriquons pour cela des intellectuels comme autrefois des moines. Il y a aussi des arts du faire qui impliquent le geste et son prolongement la machine, et des arts du savoir-faire qui s'apprennent en observant, en exécutant et en créant. Et selon les lieux, des façons de valoriser l'une ou l'autre de ces familles de l'intelligence humaine. Mais les dichotomies demeurent avec les oppositions redoutables entre « le manuel » et « l'intellectuel », « la connaissance » et « l'habileté ». Question de pouvoir ou de chasse gardée, mais qui perdure. Car en vérité, si le fait majeur de l'évolution de l'espèce humaine est le développement toujours plus grand du cerveau et de ses dépendances nerveuses, il ne faut jamais perdre de vue que le corps et le système nerveux forment un tout et qu'il est tout à fait arbitraire de les séparer.

L'approche par le mythe est éclairante car la plus évocatrice de ce travail qui fonde la pensée naturelle, l'intelligence pratique. Le mythe travaille sur des formes, des analogies. Cette intelligence pratique que constitue la ruse, de même, va de proche en proche. Claude Lévi-Strauss, analysant « la pensée sauvage », souligne à quel point cette pensée est déjà généralisatrice, donc scientifique : elle travaille à coups d'analogies et de rapprochements, proche en cela des astuces du bricolage ; elle produit à chaque fois du nouveau, recombinant les éléments entre eux sans modifier la na- ture de ces éléments (6). Cela parce qu'elle travaille sur des signes et non sur des concepts.

L'art premier de l'intelligence pratique est celui du classement des choses et de l'interprétation plausible des phénomènes du monde pour peu qu'on puisse attribuer aux mêmes causes les mêmes effets. Les signes appellent le classement pour expliquer les choses et pour ce faire, ils convoquent les propriétés présumées des situations : « Un chien qui aboie pendant le jour, une chambre d'accouchement où le bébé est mort, un brasier sans feu, un conducteur qui déteste son boeuf, font partie des choses désolantes ; dans les choses détestables, on trouve : un bébé qui crie juste au moment où l'on voudrait écouter quelque chose, des corbeaux qui s'assemblent et croassent en se croisant dans leur vol, et des chiens qui hurlent longtemps, longtemps, à l'unisson, sur un ton montant (7) ... »

L'intelligence humaine se situe entre deux extrêmes : un niveau suffisant pour répondre aux exigences de la vie quotidienne, et un niveau qui correspondrait aux réussites les plus brillantes. Les composantes de l'intelligence sont multiples. Il y a d'abord une intelligence sociale car vivre en société exige quantité de savoirs, raisonnements et décisions. C'est l'intelligence que nous partageons et construisons avec les autres. L'intelligence concrète ou pratique est alors celle qui se révèle au travers de toutes nos manipulations directes des objets, dans toutes nos conduites d'exploration ou d'orientation dans l'espace et toutes nos opérations de classement des choses. Dès que le petit être humain va avoir conscience de la permanence des objets, c'est-à-dire qu'il va percevoir ces objets comme stables au-delà des situations variées, il va les classer, les catégoriser selon des formes, des couleurs, des usages. Rapprochements fondés sur des signes qui vont ensuite devenir symboles d'opérations et d'applications.

Les manifestations de l'intelligence pratique accompagnent ainsi le lent devenir de l'humanité. Elle se construit durant des millénaires à travers les techniques de chasse, de pêche, d'élevage, de culture, de construction d'habitats, de moyens de transport. Elle est le produit d'habiletés progressives dans les manipulations et de dextérités transmises du geste puis peu à peu reproduites par les machines. S'il fut ainsi un triomphe de l'homme dans l'histoire de l'espèce, ce fut bien celui d'avoir réussi à transformer ce qui, à l'origine, était une simple pince à tenir les cailloux - la main - en une auxiliaire de plus en plus habile de ses intentions techniques, comme l'explique André Leroi-Gourhan. Conjointement émergeaient progressivement le langage, c'est-à-dire les premières formes de la communication codée, et plus tard l'écriture, en même temps que s'affinaient les techniques.

Des mondes virtuels

Tout instrument est à la fois « truchement » et « traduction ». Il y a toujours interface entre le monde naturel et le monde fabriqué. Le langage est lui-même instrument. Il est, tel l'art du tissage, construit d'instruments et porteur d'instruments, qui vont des réalités aux choses et des choses aux actes de les nommer, de les manipuler. Ces instruments, ce sont les symboles. Le symbole est ce qui unit la chose et son action. Il est ce qui représente une chose ou une personne selon une certaine correspondance. Etymologiquement, symbolon désigne l'objet coupé en deux (telles les deux parties d'une pièce de monnaie qu'il faut rassembler). Par extension, c'est la communauté séparée qu'il faut réunir. Le sens du symbole est d'être à la fois rupture et lien entre des termes séparés. Le plus souvent, l'origine de ce lien entre le symbole et ce qu'il désigne demeure oubliée ; reste la relation que nous acceptons par convention.

Cette convention est constamment retravaillée dans l'histoire de l'humanité. Nous sommes ainsi passés, à travers les millénaires, de différents systèmes de signes à différents systèmes de symboles, et réciproquement. Depuis les dessins préhistoriques qui se donnent sous forme de « signes-images », signes sans paroles, échos sans doute de rituels, jusqu'aux idéogrammes des anciens Egyptiens, ces dessins figuratifs qui fonctionnent comme une écriture se lisant de gauche à droite ou de droite à gauche, ou encore ces « dessins-messages » qu'on retrouve aujourd'hui dans la bande dessinée et qui coexistent avec nos systèmes d'écriture ou de transcription tandis qu'ils assurent le passage direct de l'image de la chose aux sensations, aux comportements.

La question historique est celle des niveaux choisis pour le codage et la transcription. Un cas exemplaire de l'évolution des dispositifs de signes est celui des cartes géographiques. La carte est un « signe global » renvoyant à la fois à des codes issus de nos perceptions des mers, des plaines, des montagnes, etc., qui fonctionnent dans un rapport perceptif code-image, et à des déchiffrements d'échelles, fondés sur des légendes de lecture. La carte est image directe et image médiatisée. Les images que nous donnent les cartes deviennent pour nous images du monde depuis celles des transports (bus, métro) jusqu'à ces cartes météo que nous livre quotidiennement la télévision. Peu à peu, nous voici accoutumés à des sortes d'anamorphoses, telles ces cartes où les tailles des pays ne sont plus proportionnelles à leurs étendues mais à leurs produits nationaux bruts. Le paradoxe moderne est là : nous retrouvons les formes allégoriques de nos anciens systèmes symboliques. On voit refleurir dans l'environnement des familles de signes applicables à des fonctions diverses : des signes emblématiques (le crâne sur tibias croisés : danger de mort), des signes-images (les écritures manuelles ou typographiques), des signes corporels (le corps et ses tatouages), des signes rituels de tribus locales (les tags). Partout se manifeste une interpénétration des signes (ce qui marque une trace symbolique) et des symboles (ce qui porte et véhicule une ou plusieurs significations).

La conséquence de cela est que nous vivons de plus en plus dans des mondes virtuels, c'est-à-dire dans des mondes de substituts ayant leurs logiques, leurs agencements et leurs finalités propres, des mondes fondés sur des langages composites, multimodaux, combinant écritures, dessins, images, schémas et même bruits. D'où ces jeux d'indexations, c'est-à-dire de catégorisations, appliqués aux situations du monde, aux domaines de connaissances et d'actions, jouant d'images, de métaphores, d'analogies, et qui vont fonder nos ruses ordinaires d'évitement ou de composition vis-à-vis des codes et conventions sociales.

Ruses concrètes qui visent à l'économie du savoir et du savoir faire : classer et sans cesse reclasser les domaines en vue de transcender les frontières et pour ce faire, jouer de regroupements, d'associations et de différenciations au travers des symboles et des signes. De cela témoigne ce que nous appelons aujourd'hui la révolution des images, mais qui est aussi une révolution des signes et des écritures qu'attestent les nouvelles textualités électroniques. De cela témoignent encore les révolutions des communications modernes sous les formes de systèmes multiples, imposant sans cesse la recomposition de nos intelligences du monde. Ainsi le dernier mot des ruses est celui-là : les métamorphoses de l'intelligence humaine induites par tous nos nouveaux systèmes d'expression et de communication et faisant retour sur ces systèmes en vue de construire de nouvelles pratiques humaines.

Georges Vignaux

Directeur de recherche au CNRS et directeur du Laboratoire communication et politique/CNRS. Dernier ouvrage paru, Les Jeux des ruses, Seuil, 2001

La ruse du prisonnier

Il y a quelques années, un détenu d'une prison de Los Angeles a réussi à s'évader grâce à un tuyau de douche, un drap et une prise électrique murale. Le prisonnier avait enveloppé le drap autour du tuyau de douche et connecté le tout à l'installation électrique. L'outil de fortune s'est mis à chauffer et le détenu l'a pressé contre la fenêtre qui avait une vitre incassable. Ensuite, il a pris un pied de son lit, l'a placé dans le trou laissé par la brûlure, et s'en est servi pour fracturer la fenêtre.

Il y a quelques années, un prisonnier français s'est évadé en faisant envoyer par des amis un fax soi-disant émanant du tribunal. Adressé au directeur de la prison, le fax demandait la remise en liberté immédiate du détenu !

L'imagination des candidats à la liberté est parfois débordante...

Elle est la représentante typique de l'intelligence « rusée ». Elle suppose de la créativité : détourner le sens d'un objet, se jouer de la vigilance par l'inattendu. Et jouer justement contre les routines intellectuelles et procédures de pensée habituelles.

NOTES

1.

Aristote, Éthique à Nicomaque, Vrin, 1990.


2.

M. Détienne et J.-P. Vernant, Les Ruses de l'intelligence. La mètis des Grecs, Flammarion, « Champs », 1974, rééd. 1992.


3.

B. Gracian, L'Homme de cour, Champ libre, 1972.


4.

Ibid.


5.

N. Machiavel, Le Prince, in N. Machiavel, OEuvres complètes, Gallimard, « Pléiade », 1952.


6.

C. Lévi-Strauss, La Pensée sauvage, Plon, 1962, rééd. 1993.


7.

G. Pérec, Penser/Classer, Hachette, 1998.

 

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